14 octobre 2005
version française
George and Co
Portrait d'une librairie en vieil homme
SYNOPSIS
En
1951, George Whitman ouvre une librairie communautaire au cœur de
Paris. Plus d'un demi-siècle plus tard, à 92 ans, il trône encore dans
ce « repaire de poètes et d'anarchistes camouflé en librairie ». Près
de 40 000 voyageurs ont séjourné à Shakespeare and Company. En échange
de leur lit, George leur enjoint d'écrire un livre, leur demande
d’astiquer le sol, de tenir la caisse, réparer les étagères, chasser
les intrus et préparer la soupe commune. George aboie sur les clients,
se coupe les cheveux à la bougie et colle sa moquette avec de la pâte à
crêpes. Claquemuré dans son fief, échoppe labyrinthique, vétuste et
feutrée, il a encouragé, nourri et logé le gotha littéraire de la
deuxième moitié du XXe siècle : Henry Miller, Anaïs Nin, Jacques
Prévert, Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso, Lawrence
Ferlinghetti, James Baldwin et Richard Wright. Prenez place. Entrez
dans l'utopie rapiécée du dernier des beats, l’ultime sanctuaire des «
vagapoètes ».
LE TOURNAGE DANS LES DÉCORS

Le
film offre une vision intimiste de ce haut lieu de culture libertaire
anglophone implanté au cœur de la capitale. Les réalisateurs ont reçu
un accueil privilégié auprès du libraire (Benjamin Sutherland, qui a
vécu et travaillé à la librairie, connaît George depuis 1994). Ils ont
séjourné dans la librairie, dormant à même le sol, évoluant parmi les
clients, le propriétaire et les hôtes de passage.
La plupart des
séquences sont tournées dans la librairie, parmi les hôtes, au milieu
des lits et des rayonnages, entre les piles de livres, dans le dédale
de venelles, de recoins et d'alcôves, au rez-de-chaussée de l'annexe
des livres rares, dans les caves humides, où s'empilent des caisses de
livres moisis, dans la bibliothèque, dans les toilettes de l'escalier
tapissées d'invendus (recyclés comme papier fesses), dans la chambre à
coucher de George et dans l'appartement du 3e étage - infesté par les
bêtes à bois et réservé aux invités de marque. Quand George se couche,
la caméra traque les hôtes de la librairie, qui nagent dans la Seine,
dînent dans la bibliothèque, sifflent du vin en grattant la guitare
derrière la caisse, font la fête après la fermeture.

D'autres
entretiens avec des écrivains connus sont réalisés à Paris, à San
Francisco, à Los Angeles, à Santa Barbara et à Essaouira, au Maroc. Des
sites historiques sont filmés, y compris la librairie et maison
d'édition City Lights à San Francisco et, à Paris, rive gauche, les
anciens appartements d'André Gide et d'Albert Camus (où vit l'écrivain
Jean-Pierre Faye) et de Sylvia Beach (où vit le biographe John Baxter).
Nous avons aussi filmé le poète grec Nanos Valaoritis dans son
appartement parisien où se réunissaient les « beats » (William
Burroughs et Gregory Corso, défoncés, discouraient sur les insectes
tropicaux).
LES PERSONNAGES
George
George
s'agite en trimballant des cartons de livres, comme un « diable dans sa
boîte », nous dit le propriétaire du restaurant voisin. Le saint patron
des écrivains fauchés et des voyageurs contemplatifs se tient debout au
soir de sa vie devant sa librairie, buriné comme un papier chiffon.
George trône parmi ses hôtes, dans le dédale de sa librairie, extension
baroque de sa personnalité. Pâle, have, pas rasé, portant son veston
pérenne de flanelle rouge taché, le voici avachi derrière la caisse à
toiser Notre-Dame. George est fier d'avoir engendré à 70 ans sa fille,
Sylvia Beach Whitman. Il se coupe les cheveux à la bougie (plus rapide
qu'un coiffeur, nous dit-il) et lave - rarement - ses costumes de
velours tachés dans la baignoire-sabot du 3e étage. Quand ça lui
chante, il aboie sur les clients, accuse les voyageurs d'attirer les
punaises et charme les visiteuses en leur parlant russe, français,
espagnol ou italien. Chaque lundi soir, il organise des lectures
poétiques, chaque dimanche après-midi, des rendez-vous cosmopolites
autour d'un thé, et, aux beaux jours, orchestre des dîners
communautaires sur le trottoir de sa devanture. George n'a pas installé
d'alarme anti-vol, mais vend ses livres avec des marges confortables.
Il refuse d'acheter des sacs pour la clientèle, consolide lui-même les
étagères avec du fil de fer et recycle de vieux papiers chinés dans les
poubelles voisines. L'historienne littéraire Noël-Riley Fitch nous
raconte le matin où elle a vu George rapporter fièrement une cagette de
viande dénichée derrière quelque restaurant des environs et destinée à
ses hôtes.
George et ses hôtes
Si vous êtes
un client matinal, ne vous étonnez pas de croiser quelques silhouettes
blafardes, emmêlées dans des sacs de couchage, pestant contre le jour
qui se lève et recouvrant à la hâte les lits avec des livres. Ce sont
les hôtes de ces lieux ; ils ont passé une nuit agitée, se sont couchés
aux aurores, à boire et à refaire le monde dans toutes les langues,
encore habités de rêves anarchistes, redoutant la poussière et les
bêtes de sommiers, le filet d'eau glacée de la fontaine Wallace, qui
vous douche bien après l'aube, juste avant d'avaler les fameux «
pancakes » de George, les yeux fermés et l'estomac noué (l'une des
hôtes a cru y déceler le goût de détergents). Ne vous étonnez pas non
plus de croiser une jeune fille qui recolle avec de la pâte à crêpes
les rebords de la moquette du rez-de-chaussée (George dit que c'est
moins cher que chez le marchand de colle et ça fait l'affaire).
Tous
les hôtes ne prétendent pas être des écrivains ou des poètes, mais tous
sont tenus d'écrire une courte autobiographie avant de mériter leur lit
(cinq cageots poussiéreux remplis d'environ 40 000 pages écornées sont
stockés au 3e étage). Certains ne restent qu'une nuit. D'autres,
souvent des écrivains confirmés, s'attardent : Kathleen O'Hara, la
journaliste canadienne, est restée cinq semaines pour rédiger des
tracts politiques contre la mondialisation ; Ablimit Kerim, étudiant
musulman chinois, campe au premier étage depuis deux ans ; Simon Green,
poète et traducteur anglais, sorte de Don Quichotte pugnace, vit depuis
cinq ans dans l'annexe des livres rares, où il toise les clients.
George et ses illustres amis
George
a offert le gîte et le couvert à des générations d'écrivains, parmi
lesquels on compte Henry Miller, Anaïs Nin, Bertolt Brecht, Arthur
Miller, Graham Greene, William Styron, Ray Bradbury, Howard Zinn,
Lawrence Durrell, Jacques Prévert, Louis Aragon, François Truffaut,
Philippe Sollers, Peter Matthiesson, les figures de la beat generation,
William Burroughs, Allen Ginsberg et Gregory Corso, sans compter les
écrivains noirs américains Richard Wright, James Baldwin et Langston
Hughes. La plupart de ces écrivains sont mentionnés dans le film au
travers d'anecdotes. (Feu Gregory Corso, furieux contre George, qui
avait perdu son manuscrit laissé en gage, s'est vengé en emportant des
sacs de livres. Aujourd'hui, les chasseurs de trésors fouillent encore
la librairie pour retrouver le recueil inédit des poèmes de Corso.)
Parmi
les personnalités interviewées, citons Lawrence Ferlinghetti (ami de
George Whitman et éditeur des écrivains de la beat generation), Karl
Orend (éditeur parisien et ancien employé de la librairie), Noël-Riley
Fitch et Thirza Vallois (deux historiennes de la littérature américaine
à Paris), l'écrivain Jean-Pierre Faye (du mouvement littéraire Change),
Robert Cordier (figure de la beat generation en France et ami d'Allen
Ginsberg, Jack Kerouac et Gregory Corso), John Baxter (biographe
australien), Christopher Cook Gilmore (écrivain et ami de Paul Bowles)
et Nanos Valaoritis (poète grec et ami de Nikos Kazantzaki et d'André
Breton).
George et les rumeurs
Que ne dit-on
pas d'un homme qui gère une librairie sans téléphone ni ordinateurs,
avec des murs qui se lézardent, un plafond que la pluie traverse -
noirci lors d'un incendie récent - et des voyageurs qui dorment sur une
moquette sale ?
On dit que George paye des plombiers,
électriciens et charpentiers de fortune en leur offrant un lit, qu'il
gueule pour se maintenir en forme, qu'il est archi-pingre, qu'il vend
des livres rares pour des clopinettes. Un habitué se plaint que George
lui ait demandé de couper l'arbre de la devanture (George dit qu'il
masque la vue sur Notre-Dame).
LA LIGNE DOCUMENTAIRE
À
ses débuts, George Whitman ne veut pas vendre de livres. Il rêve
d'écrire et de voyager. Jeune diplômé en espagnol et en russe de
l'université d'Harvard, il part pour l'Amérique centrale et décide de
faire le tour du monde à pied, tout en noircissant les pages de ses
carnets. Il pense voyager ainsi pendant sept ans. Mais il n'en est
rien. En 1946, il interrompt son périple et se fixe à Paris. Plus d'un
demi-siècle plus tard, George est devenu une célébrité malgré lui.
Claquemuré dans son fief, échoppe labyrinthique et feutrée, George a
encouragé, nourri et logé le gotha littéraire de la deuxième moitié du
XXe siècle.

Le documentaire dresse le portrait d'un agitateur
littéraire, témoin du siècle, petit patron de librairie cerné par de
jeunes écrivains. À mesure que le film explore les lieux et interroge
les hôtes, nous coudoyons l'homme. George Whitman, la figure historique
s'estompe ; George, le libraire excentrique et solitaire, au seuil de
la mort, entre en scène. Le film commence par évoquer la légende et
l'œuvre du vieil homme et finit au creux de son intimité.

Au
début du film, le regard plonge au cœur de la librairie, lépreuse,
croulante, mais plus que jamais ouverte à tous. On épie George trônant
parmi ses hôtes, des écrivains campés chez lui, qu'il malmène, console
et cajole et qui témoignent de ses lubies et de sa tendresse. D'autres,
qui l'ont connu et ont fréquenté sa librairie, racontent des anecdotes
sur son avarice, sa générosité, sa folie, ses extravagances, ses
démêlés avec les clients et ses hôtes. On assiste à des scènes intimes
- des hôtes se couchent, écrivent, lisent, flirtent, s'amusent et
dînent sur le trottoir de la devanture ; à des scènes de travail - ils
nettoient, entretiennent, réparent, cuisinent, tandis que règne une
effervescence littéraire : des rencontres, des évènements, des lectures
de poèmes en public ont lieu régulièrement depuis cinquante ans. George
est omniprésent. Tantôt fouettard, tantôt charitable, il est secret,
imprévisible, insaisissable.
Aujourd'hui, bien qu'il regrette
son long voyage inachevé, George évoque les voyageurs qui viennent à
lui, le monde inexploré qui frappe à sa porte. Il songe aux livres
qu'il voudrait écrire... Selon un ancien employé de longue date, Karl
Orend, George serait devenu une espèce d'écrivain ; non pas un
romancier qui manipule ses personnages, mais plutôt un marionnettiste
qui tire les fils des quelque 40 000 hôtes bibliophiles qui ont
traversé sa vie et dont les autobiographies s'amoncellent dans de gros
cartons éventrés. À la fin du film, George câline deux jeunes filles
parmi ses préférées, leur raconte une histoire, récite un poème de
jeunesse presque oublié et se livre à l'une de ses excentricités
familières : se couper les cheveux en les brûlant à la flamme d'une
bougie.

Le film est donc le portrait de George Whitman, de ses
hôtes, dans le dédale de sa librairie, qui n'est rien moins qu'une
extension de la personnalité baroque du vieil homme - mi-ange,
mi-démon, comme il se dépeint lui-même. Le film, vivant et joueur,
témoigne de l'amour des auteurs pour George Whitman, le libraire
excentrique.
L'HISTOIRE
La rue de la
Bûcherie est l'une des plus vieilles rues de Paris. Anciennement
appelée Buscherie et Boucherie, elle fut tracée aux alentours de l'an
600, et se situait en face de l'ancien port aux Bûches, d'où son nom.
Les fondations datent du IXe siècle ; le bâtiment actuel fut érigé
probablement au XVe siècle, alors occupé par des moines et appelé la
Maison du Moustier.
En 1951, George rachète pour l'équivalent de
500 $ le pas-de-porte délabré d'un épicier arabe, au pied du bâtiment
actuel, et ouvre sa librairie. Auparavant, George vendait des livres
dans sa chambre de l'Hôtel de Suez situé à proximité, sur le boulevard
Saint-Michel. Huit ans plus tard, George installe l'électricité, et les
ventes chutent, car une partie de la clientèle regrette l'atmosphère
romantique des bougies. Aujourd'hui, la boutique accueille la clientèle
de midi à minuit, bien qu'en pratique, George ouvre les portes dès
qu'il se lève.
LA DOCUMENTATION
Le film,
largement documenté, est illustré des coupures d'articles de la presse
panaméenne relatant les voyages de jeunesse de George ainsi que
d'anciennes photographies d'écrivains, habitués de la librairie,
provenant de fonds privés à Paris, à Los Angeles et à San Francisco.
Des notes et des lettres d'Anaïs Nin, de Jacques Prévert, de
LangstonHughes, de Julio Cortàzar, de Paul Bowles, d'Allen Ginsberg, de
Lawrence Durrel et de Howard Zinn, provenants de la collection privée
de George, ont également été filmées. Des recherches historiques ont
été menées aux Archives nationales, à la bibliothèque Forney et à la
Bibliothèque historique de la ville de Paris.
LA MUSIQUE
La
musique est écrite et interprétée par Michael Galasso, compositeur
américain qui a signé une partie de la bande son de In the Mood for
Love et Chungking Express, deux films réalisés par le cinéaste de
Hong-Kong, Wong Kar-wai. Vous pourrez lire, en anglais ou en français,
une courte autobiographie du musicien et entendre un échantillon de ses
compositions en vous rendant sur son site : www.michaelgalasso.com.
LES LANGUES
Plus
des trois quarts du film sont en anglais ; le reste est en français. Il
existe une version française et une version anglaise.
Commentaires
Où trouver ce documentaire?
Bonjour, j'aimerais savoir où l'on peut trouver ce documentaire. Est-il en vente, ou bien est-il disponible sur internet?
Merci
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=75857&pid=892826
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :






